Diriger StudyLink.fr et être en contact direct avec les établissements supérieurs, les financeurs et les étudiants me permet d’établir un constat assez critique sur le financement des études en France. Il est évident que tous les étudiants ne sont pas égaux pour financer leurs études. Si 70% d’entre eux sont privilégiés en étant financés par leur famille nous pourrions penser que les multitudes bourses et prêts bancaires « spécial jeune » suffisent aux 30%  restants. Cependant la recherche de financement se révèle être, la plupart du temps, un parcours du combattant pour l’étudiant. Malgré de bonnes volontés, les établissements supérieurs sont bien souvent démunis et s’éloignent parfois de leur fonction première en s’improvisant courtier ou banquier face aux carences du système.

L’imbroglio des bourses et des aides diverses

La bourse nationale du Crous est incontournable, effectue son rôle mais est rarement suffisante. D’autres acteurs, sensibles à l’éducation, accordent également des bourses ou des aides selon des critères qui leurs sont propres. Je dénombre plusieurs centaines bourses et aides diverses. Elles peuvent être accordées par des entreprises privées, des fondations ou mais aussi des collectivités territoriales  (communes, départements,…). Le type d’aide est multiple : bourses au mérite, prêts d’honneurs, garanties bancaires,… Le nombre important d’acteurs et de critères d’attribution assombrissent considérablement les aides auxquels un étudiant peut prétendre. Pis cette diversité de l’offre créer une véritable inégalité face à l’information.

Des étudiants novices et souvent mal accompagnés

Les étudiants ne pouvant être financés par leurs familles sont pour la plupart du temps seul et novice face aux solutions existantes. Le plan de financement nécessaire à la réussite de leur parcours est rarement effectué et bien souvent sous-évalué. De plus l’étudiant a tendance à minimiser le temps nécessaire pour trouver les financements et majoritairement le sujet est abordé beaucoup trop tard. Il en résulte de nombreuses situations difficiles, souvent dissimulées : précarité, situation d’impayé avec l’établissement de formation,…

Des profils « infinançables »

La baisse générale des taux bancaires a permis à des nombreux étudiants de se financer en payant moins d’intérêts que leurs ainés. Cependant avec des taux (d’appels) parfois inférieur à 1%, les banques n’ont jamais été aussi vigilantes à leur risque de crédit. En conséquence, emprunter sans garantie ou avec une garantie jugée trop faible (milieu modeste, famille monoparentale,…) relève de l’exploit. L’ « analyse risque» des banques ne prend jamais en compte le profil académique et le potentiel d’insertion dans le monde professionnel de l’étudiant. Elle se concentre principalement sur la garantie. Par conséquent d’excellents profils ne peuvent plus accéder aux crédits alors qu’ils l’auraient été il y a quelques années.

L’intervention des établissements de formation

Tous les établissements de formation, publics ou privés, constatent que l’accroissement des difficultés de financement de leurs étudiants est nuisible. D’une part, la réussite académique de leurs étudiants  peut être altérée par un arbitrage de ses choix de cursus (échanges à l’étranger, lieu de stage,…) ou par les multiplications des jobs étudiants. D’autre part, une impasse de financement complique l’accès aux établissements privés ayant pour conséquence une sélection naturelle par l’argent au détriment d’une sélection selon les compétences.
Les établissements publics, à quelques exceptions, s’initie peu dans l’aide au financement des étudiants. Les établissements privés, pour qui les enjeux sont plus importants, agissent depuis longtemps pour multiplier le nombre de solutions disponibles. Les initiatives manquent malheureusement souvent de ressources financières limitant le nombre d’étudiants bénéficiaires. Quant aux partenariats bancaires, la banque est toujours gagnante, elle accorde seulement des bénéfices commerciaux permettant d’optimiser le nombre de comptes ouverts et renouveler son fonds de commerce mais aucun partenariat n’est assez fort pour infléchir les politiques de risque.

 

Le financement des études supérieures en France s’est considérablement dégradé depuis plusieurs années. Les grands perdants ne sont pas seulement les étudiants ou les établissements de formation. La société a surtout beaucoup à perdre par la limitation de la formation de ses citoyens et par la sélectivité par l’argent de l’accès aux études.

Jérémy Ruet

Co-fondateur chez StudyLink
Banquier repenti, Jérémy est le co-fondateur de StudyLink. Diplômé de Grenoble École de Management, ses études supérieures ont été pour lui la meilleure manière d'accéder à l'emploi. Convaincu que la finance a grandement besoin d'être humanisé, il est un fervent partisan de la finance participative.

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