L’augmentation impressionnante des frais de scolarité dans l’éducation supérieure ces dernières années amène à se poser une question souvent passée sous silence : celle de la rentabilité financière des études supérieures. Les études que vous aimeriez entamer sont-elles – au delà de leur intérêt intellectuel – un bon investissement d’un point de vue pécuniaire ? La question mérite d’autant plus d’attention que, alors que les frais de scolarité augmentent sensiblement, les salaires eux n’évoluent presque plus depuis quelques années.
Voir le très bon article de The Economist sur le sujet datant de ce début d’année.

Se poser les bonnes questions

Il semble vulgaire d’aborder les questions d’argent lorsque l’on traite des études. La connaissance est un domaine trop noble pour être rapprochée de considérations aussi terre-à-terres n’est-ce pas ? Cet état d’esprit se justifiait à une époque où les études coûtaient peu cher, où l’on avait beaucoup plus de facilité à décrocher un emploi bien payé, et où le nombre de cursus possibles était bien plus restreint et plus lisible.

Aujourd’hui l’évolution du contexte économique me fait dire qu’il est nécessaire de porter un regard critique sur la question. Voici quelques interrogations que l’on peut légitimement avoir et dont la réponse est loin d’être toute faite :

  • vaut-il mieux faire une Grande Ecole ou décrocher un diplôme équivalent à l’université ? De nombreuses entreprises embauchent aujourd’hui des jeunes issus d’IAE aux mêmes postes que ceux issus de Grandes Ecoles, et à des salaires équivalents
  • vaut-il mieux se spécialiser ou poursuivre des études généralistes ? On a souvent tendance à penser que les postes de haut niveau (ex : les postes de management) sont réservés aux personnes polyvalentes, mais force est de constater que ces postes sont de plus en plus brigués par des jeunes issus de formations spécialisées, surtout lorsqu’il s’agit de domaines techniques (informatique, audit/finance, …)
  • vaut-il mieux suivre des études courtes ou longues ? Cf. ci-dessous.
  • faut-il partir à l’étranger pendant ses études (type Erasmus) ? L’ouverture intellectuelle est indéniable mais ce n’est que très rarement un argument à l’embauche ou lors de la négociation du salaire, quand bien souvent une période à l’étranger coûte cher.

L’excellente rentabilité des études d’ingénieur

Un article du Figaro Etudiant mettait récemment face à face les études d’ingénieur et celles en écoles de commerce.
A l’heure où ces deux filières se ressemblent de plus en plus sur le plan académique (les écoles d’ingénieurs enseignent le management, la finance, le marketing, quand les écoles de commerce enseignent l’informatique et les systèmes d’information), il me semble pertinent de comparer la rentabilité entre les deux. D’ailleurs les entreprises ne s’y trompent pas : dans bien des secteurs on embauche aujourd’hui indifféremment un ingénieur et un étudiant issu d’école de commerce.
Le résultat est sans appel : l’augmentation drastique des frais de scolarité en écoles de commerce les rend désormais aujourd’hui moins rentables que les écoles d’ingénieurs (jusqu’à ce que ces dernières augmentent aussi leurs tarifs ?).

Le système Français est ainsi fait. Vous voulez devenir manager ? La voie la plus rentable économiquement aujourd’hui est de passer par le Bac S et les études d’ingénieur.

Quid des études courtes

Même si le Bac +5 reste la norme à laquelle il faut se conformer, certains domaines techniques ne nécessitent pas de payer de si longues études tout en permettant de gagner sa vie plus tôt, et en assurant de bons débouchés en terme d’emploi. C’est par exemple le cas dans différents domaines de l’artisanat. C’est aussi le cas dans le secteur informatique où les autodidactes sont de mieux en mieux accueillis par les entreprises. La création, ces dernières années, de plusieurs formations gratuites et accessibles sans conditions de diplômes dédiées au développement web participent aussi à la bonne rentabilité des études d’informatique. C’est le cas de 42  ou encore par exemple du Campus Numérique in the Alps.
Notez aussi que, paradoxalement, briguer un doctorat peut bien souvent être un frein à l’embauche. Hé oui les recruteurs paniquent parfois lorsqu’ils ont affaire à des jeunes sur-diplômés qu’ils ont peur de devoir trop payer, ou qu’ils considèrent comme pas assez motivés par le monde de l’entreprise.

Julien Salinas

Julien Salinas

Co-fondateur chez StudyLink
Julien Salinas est le cofondateur de StudyLink.fr. Double-diplômé de Grenoble Ecole de Management et Télécom Bretagne après une classe prépa HEC, il a travaillé plusieurs années dans les systèmes d'informations, le développement informatique, et le marketing technique. En tant qu'ancien étudiant, Julien cherche à conseiller les étudiants actuels au mieux à la lumière de son expérience. En tant qu'investisseur il souhaite aussi donner aux investisseurs des pistes sur la meilleure façon de placer son argent de façon utile et solidaire.
Julien Salinas